Voilà une actu qui fait du bruit (diplomatiquement et politiquement)Un général français vient d'affirmer aux juges parisiens que l'armée algérienne était à l'origine de la mort des moines trappistes en 1996.Les militaires algériens ont-ils abattu les sept moines français de Tibéhirine, morts dans les montagnes de l'Atlas en 1996 ? Un témoignage inédit, recueilli par le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic le 25 juin dernier, vient de relancer ce dossier. Dans sa déposition, que Le Figaro a pu consulter, un général français, aujourd'hui à la retraite, révèle sous serment au magistrat que ces «assassinats» seraient, en fait, le résultat d'une terrible bavure. Cet officier de l'armée de terre, attaché de défense à Alger au moment du drame, avait alerté sa hiérarchie, mais on lui avait intimé de garder le silence pour ne pas nuire aux relations entre la France et l'Algérie. Au bout de treize ans, l'homme a décidé de briser le secret. Un secret-défense. «C'est difficile pour moi car c'est une chose dont on m'a demandé de ne pas parler», précise-t-il au cours de sa confession.
L'homme par qui le scandale arrive s'appelle François Buchwalter. Âgé de 65 ans, formé à Saint-Cyr, il est un pur produit de l'armée française. Son CV est éloquent : employé au sein des services secrets au Sdece, l'ancêtre de la DGSE (Direction générale des services extérieurs), puis à la DGSE avant d'être nommé attaché de défense en Turquie, au Sahara, puis en Algérie entre 1995 et 1998. C'est à ce poste que le général Buchwalter raconte avoir recueilli les confidences d'un ancien officier de l'armée algérienne, dont le frère était chef d'une escadrille d'hélicoptères affectée à la Ire région militaire en Algérie. Pour des raisons de sécurité, il a refusé de révéler son nom à la justice.
Selon Buchwalter, ce «monsieur X» lui a raconté peu de temps après les obsèques des moines qu'en mai 1996 son frère patrouillait en hélicoptère entre Blida et Médéa dans le cadre d'opérations anti-islamistes. Au cours d'une de ces missions dans cette zone désertée par la population, ils ont aperçu un bivouac qui ressemblait à un groupe djihadiste armé. «Ils ont donc tiré sur le bivouac. Ils se sont ensuite posés (…). Une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient tiré notamment sur les moines, a expliqué Buchwalter au juge. Les corps des moines étaient criblés de balles.» Les militaires ont immédiatement prévenu leur PC de commandement à Blida.
Sérieux démenti à la version officielle
La version officielle de l'armée algérienne est très différente. Selon elle, les corps des religieux trappistes qui avaient été enlevés quelques semaines plus tôt par le Groupe islamique armé (GIA), des terroristes algériens, ont été découverts dans un champ près de Médéa. En fait de corps, ce sont des têtes qui ont été rendues aux familles. Le père Armand Veilleux, procureur général de l'Ordre cistercien trappiste, aujourd'hui partie civile dans le dossier, avait exigé de voir les dépouilles afin de les identifier. Il a alors rencontré de nombreuses résistances et a dû insister auprès de l'ambassadeur de France pour obtenir gain de cause. Ce dernier lui a expliqué, sous le sceau du secret, que seules les têtes avaient été retrouvées : «Il voulait que je lui promette de ne rien dire, en arguant du fait que ce serait un déshonneur pour l'Algérie.» À l'hôpital, le père Veilleux a fait ouvrir les cercueils pour identifier les religieux. Il a constaté qu'il n'y avait que les têtes, « omme momifiées», dont l'une «n'avait pas de menton». Les corps des moines auraient-ils été mutilés pour maquiller la bavure ? Les autorités françaises ont-elles couvert les militaires algériens ? Pour Me Patrick Baudoin, avocat de la partie civile, ce témoignage apporte en tout cas un sérieux démenti à la version officielle : «Nous allons demander à la France la levée du secret-défense sur les rapports de son attaché militaire et, à l'Algérie, la restitution des corps des moines. Ces propos démontrent que la raison d'État a prévalu dans ce dossier.»
De son côté, le général Buchwalter explique avoir rendu compte par écrit du mitraillage des moines au ministère de la Défense, à l'état-major des armées et à l'ambassadeur de France alors en poste à Alger, Michel Levêque. «Il n'y a pas eu de suites, ils ont observé le black-out demandé par l'ambassadeur», assure-t-il. Interrogé par les juges d'instruction, Michel Levêque n'a jamais évoqué cet épisode.
Pour étayer son récit, émanant d'une source indirecte, Buchwalter raconte dans son procès-verbal d'audition que les bases d'hélicoptères situées à Blida et à Boufarik étaient équipées d'hélicoptères MI7, MI17 et MI24 avec des paniers de roquettes et des canons de petit calibre 20 millimètres. Des munitions capables de faucher des hommes.
Le figaro.
De la même source aujourd'huiSarkozy lève le secret-défense sur TibéhirineNicolas Sarkozy est prêt à remettre au parquet de Paris les documents classés secret-défense sur la mort des sept moines français de Tibéhirine tués dans des circonstances non élucidées au printemps 1996 en Algérie. Trois ans après l'ouverture d'une information judiciaire, les obstacles dressés sur le versant français de l'enquête judiciaire vont être retirés.
La levée du secret-défense ne permettra peut-être pas de faire toute la lumière sur l'énigme du meurtre des cisterciens mais elle va ouvrir des pistes jusque-là négligées. «La justice doit avoir tous les documents. On ne peut pas dire que l'amitié entre les peuples et les pays peut résister au mensonge. Je suis déterminé à ce que la lumière soit faite», a affirmé mardi le président français. Une déclaration saluée par Patrick Baudoin, l'avocat des familles des moines, qui s'est «félicité» de «la clarté et de la détermination du chef de l'État».
Guerre contre-insurrectionnelle
Trois versions circulent pour expliquer le drame sans qu'il soit possible de démêler le vrai du faux. Selon la première, les moines ont été tués par un commando d'islamistes du Groupe islamique armé (GIA) qui tenait les maquis de la région de Médéa durant la guerre civile algérienne (environ 150 000 morts). Selon la deuxième, le groupe était en fait une émanation des services de sécurité engagés dans une opération psychologique de guerre contre-insurrectionnelle. Les moines ont été tués pour faire basculer l'opinion publique internationale contre les islamistes. Selon la troisième, présentée par le général François Buchwalter dans ses récentes déclarations au juge antiterroriste Marc Trévidic, les religieux détenus par le GIA sont morts dans le bombardement par hélicoptère du bivouac des preneurs d'otages. Une «bavure» de militaires peu habitués à faire dans la dentelle qui aurait été suivie deux mois plus tard par l'assassinat de Mgr Claverie, l'évêque d'Oran, considéré par le pouvoir algérien comme un trublion.
Le juge Marc Trévidic devrait dans un premier temps récupérer, grâce à la décision présidentielle, les notes adressées par François Buchwalter, l'ex-attaché de défense de l'ambassade de France, à son ambassadeur et à son ministère de la Défense. Il devrait également prendre connaissance des rapports internes de la DST (police) et de la DGSE (armée) sur le suivi des événements ainsi que les documents confidentiels remis par les responsables de ces services aux ministres concernés et au premier ministre Alain Juppé. Des membres du gouvernement de l'époque comme Jean-Louis Debré, Charles Millon et Hervé de Charette pourraient à l'instar d'Alain Juppé logiquement être convoqués.
Divergences d'interprétation
La tâche du magistrat s'annonce ardue. Les procès-verbaux des auditions des personnalités françaises interrogées avant le témoignage de François Buchwalter laissent apparaître des divergences d'interprétation de la crise qui s'est déroulée du 26 mars au 30 mai 1996. Questionné le 20 octobre 2006 par le juge Bruguière, le général Philippe Rondot, «chargé de mission opérationnelle à la DST», défend la thèse du DRS, les services secrets algériens selon laquelle des islamistes purs et durs sont derrière le rapt.
Installé à l'époque chez le général Smaïn Lamari, l'un des patrons des «services» algériens, Philippe Rondot n'entre pas dans les détails de l'affaire, se réfugiant derrière «le secret-défense destiné à protéger (ses) méthodes et (ses) sources ». Il dit avoir actionné ses propres réseaux de négociations et affirme ne pas avoir été «associé aux opérations de la DGSE».
De son côté, le préfet Jacques Dewattre, l'ancien directeur de la DGSE, reconnaît avoir eu connaissance de rumeurs selon lesquelles Djamel Zitouni, le chef du GIA, «aurait été recruté depuis 1991 par des services algériens», mais, selon lui, «la DGSE ne peut en apporter de preuves».
À Paris, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a estimé que les autorités n'avaient «aucune raison de chercher à cacher la moindre chose» au sujet de la mort des moines de Tibéhirine en 1996. Quant à la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, elle a promis que les magistrats «continueront de disposer de tous les moyens pour mener à bien leur enquête, y compris en matière de coopération internationale».
Etrange affaire qui je pense va encore faire du bruit, même discrètement.Amicalement